La tomate en Algérie: Savez-vous ce qu’il y a vraiment dans votre assiette et…jardin potager ?!


Ça pousse ! / mardi, juillet 24th, 2018

El Hamdania, Guelma, Sahra, Tofane, Khalyda… Quand il s’agit de tomates, ces variétés, rouges rubis bien charnues, adoptées par nos agriculteurs, occupent la quasi-totalité des étals de légumes dans les marchés algériens et trouvent toujours le moyen de finir dans nos salades, nos soupes et nos plats principaux. Ce sont des variétés hybrides créées pour être extrêmement faciles à produire et à stocker. Elles constituent les seules variétés trouvables en vente chez les semenciers et pépiniéristes en Algérie. Les tomates heirloom, quant à elles, constituent des variétés anciennes de tomate qui se présentent sous diverses formes et couleurs. Elles n’ont pas subi de croisements à des fins commerciales. Plus savoureuses, leur chair est connue pour son aspect juteux, sucré et acidulé à la fois. Alors pourquoi ne les trouve-t-on plus sur nos marchés ? 

Les tomates hybrides dites « F1 » ont été sélectionnées pour des critères d’intérêt économique. C’est à dire, ce sont des tomates qui peuvent être cultivées, conservées et transportées aux moindres coûts. Vous remarquerez ainsi que ces variétés de tomate sont pourvues d’une peau plus épaisse et d’une chaire assez ferme qui leurs accordent une durée de vie prolongée et donc une meilleure résistance lors de leur stockage et transportation. D’ailleurs, les paquets de graines de ces variétés et leurs fiches descriptives ne manquent pas à mentionner ce critère avec fierté : Fruits très fermes. Une autre mention aussi remarquable utilisée très souvent pour décrire ces variétés est l’homogénéité de la production et la régularité de la forme des fruits. Il n’y a rien de mal jusque-là, mais cela ne vous semble-t-il pas trop beau pour être vrai ? Je vous rassure, il y a bien un prix à payer derrière tout cela. 

1. Les tomates F1 sont non-reproductibles 

On pourrait facilement croire que la création et la commercialisation de graines F1 est une noble cause. Mais, il est très important de savoir que les variétés hybrides F1 sont non-reproductibles. C’est à dire qu’elles correspondent à la première génération issue du croisement entre deux lignées pures. Elles sont donc génétiquement instables. Autrement dit, si vous semez des graines issues de plantes F1, vous aurez comme descendance (F2 ou seconde génération) des plantes aux caractéristiques différentes de celles de la plante mère (F1). Elles sont d’ailleurs le plus souvent décevantes. On se trouve donc dépendant des semenciers pour racheter des graines ayant les caractéristiques désirées.

Il faudra au moins 8 à 10 années (ou générations) pour arriver à une variété stable, qui donnera des descendances similaires et homogènes. C’est un long process de sélection certes, mais il est tout à fait faisable. Cependant, la question que l’on doit se poser est la suivante : pourquoi ne trouve-t-on (presque) plus de variétés stables de tomate fermes à peau épaisse, qui répondent aux critères évoqués plus haut ? La réponse est simple: les agro-industriels veulent s’accaparer la propriété de ces graines et continuer ainsi à les vendre à des fins de profits optimum. 

Ainsi, l’agriculteur, l’horticulteur ou même le jardinier amateur se retrouvent obligés d’acheter leurs semences chaque année. Pour ma part, trouve que cette dépendance est inutile et la malhonnêteté des semenciers et des sélectionneurs vis à vis de tout cela rend cette pratique non-éthique. En fait, l’intérêt financier qui résulte de la commercialisation des graines F1 a poussé la grande majorité des semenciers et des sélectionneurs à abandonner complètement la commercialisation des variétés anciennes heirloom, et ce pour assurer la continuité de leurs profits.

En tant que jardinière, je préfère être autonome et indépendante de tout ce qui vient du monde industriel. Je veille à récolter mes propres graines pour les semer plus tard ou les laisser se ressemer naturellement selon leur cycle naturel. C’est pour cette raison que je fais de mon mieux pour éviter les F1. Et si tous les jardiniers se mettraient à faire de même, les anciennes variétés retrouveront leur chemin vers le marché des semences. Je ne vous invite pas forcement à boycotter les F1 mais d’en prendre conscience et d’en parler autour de soi afin de faire changer les choses.

2. Arrêtons de nous leurrer, la tomate en Algérie est tout sauf bio !  

 Si, parfois, il savère peut-être quelle a un petit peu plus de goût par rapport à celle que vous avez gouté en Europe, cela est probablement dû aux conditions de culture, de récolte et de conservation. En fait, en Europe, la tomate est souvent cultivée hors-sol ou sous-serre. Elle est récoltée précocement et conservée suivant un cycle frigorifique presque continu. Lors de son stockage et de son transport, vers les supermarchés, jusquà votre frigo, tous ces facteurs inhibent le développement des arômes de la tomate.

La tomate en Algérie est bourrée de pesticides. Souvent, les semenciers réussissent à séduire les agriculteurs et à leurs vendre des gammes de pesticides ainsi que d’engrais chimiques qui, pour une meilleure production, vont avec telle ou telle variété. Ai-je besoin de vous rappeler les méfaits des pesticides sur notre santé ? Je préfère vous en parler dans un autre article.

En Algérie, nous sommes en train de perdre les arômes ainsi que la qualité gustative de nos tomates. Et ce, depuis que l’on a commencé à cultiver la tomate dans le Sud, sous-serre, en « semi hors-sol », hors-saison.

Hors-saison, la culture de la tomate, au Sahara, mais aussi au Nord, nécessite un apport massif d’engrais chimiques et de pesticides. Dans le désert, les forages réalisés pour la culture de la tomate tout comme pour tout autre légume, provoquent une remontée de la nappe superficielle. L’eau déborde, puis stagne à la surface ou elle s’évapore en laissant simplement derrière elle d’épaisses croûtes de sels minéraux. Ce phénomène modifie la composition naturelle des sols. Ils deviennent de ce fait définitivement stériles. Des milliers de palmiers sont aujourd’hui entrain de dépérir à cause de cela.

3. La consommation de la tomate hors-saison ne vous fait aucun bien

Aux environs de Biskra, le manque flagrant de végétation témoigne de l’aridité du climat et la pauvreté des sols dans la région. Nous savons tous qu’une très grande partie de nos fruits et légumes provient de cette région. Mais, est ce que vous vous êtes déjà demandé comment cela se fait-t-il qu’on ait réussit à cultiver dans un endroit aussi aride de la pastèque, de la tomate, …etc. ? Vous allez peut-être dire que l’on a assez d’eau souterraine au Sahara. Mais l’eau toute seule n’est guère suffisante pour faire développer des fruits aussi gros et succulents que ceux que l’on achète. Pour qu’une plante se développe correctement, elle a besoin de suffisamment de nutriments et donc d’un sol assez fertile et riche en matière organique. Ce qui n’est pas le cas des sols dans le Sahara

La réponse est simple : dans ces régions, des quantités incroyables d’engrais chimiques et de pesticides sont utilisées pour cultiver la tomate. La plante se met à tirer de ces engrais tous les nutriments dont elle a besoin, ce qui est très comparable à la culture hors-sol appliquée en Europe ; où les plantes poussent sur différents types de substrats stériles et se nourrissent principalement d’engrais chimiques.

La tomate cultivée de cette manière qui plus est hors-saison, savère bien plus toxique que nutritive. Quand un plant de tomate n’a pas de mal à « aller » chercher ses nutriments profondément dans le sol, ce qui est le cas pour la tomate traitée avec des engrais chimiques, il ne synthétise pas assez de flavonoïdes (des molécules très réputées pour leurs propriétés antioxydantes). Selon une étude scientifique (*) la tomate traitée avec des engrais chimiques contient de 79 % à 97 % moins de flavonoïdes que la tomate cultivée biologiquement.

Faites-vous partie de ces gens qui consomment de la tomate en pensant qu’ils font le plein d’antioxydants? Si oui, il est temps de repenser vos choix: BOYCOTTEZ la tomate provenant du sahara, mangez de saison et supportez vos agriculteurs locaux. 

J’ai l’impression que le consommateur algérien est pris pour un débile et traité ainsi. On nous fait ingérer des aliments malsains, nous donnant pas le choix. Qui est à blâmer dans tout ça ? C’est bien le consommateur lui même. Tout le monde devrait commencer à s’instruire par rapport à l’origine de ce qui est disponible sur le marché, à se poser les bonnes questions, à en parler autour de soi et à imposer ses choix en boycottant ce qui ne lui convient pas. 


Références :

(*) Mitchell AE, Hong YJ, Koh E, Barrett DM, Bryant DE, Denison RF, Kaffka S.  Ten-Year Comparison of the Influence of Organic and Conventional Crop  Management Practices on the Content of Flavonoids in Tomatoes. J Agric Food Chem. 2007 Jun 23

http://www.djamel-belaid.fr/app/download/28858996/LivreTomate.pdf

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3 réponses à « La tomate en Algérie: Savez-vous ce qu’il y a vraiment dans votre assiette et…jardin potager ?! »

  1. […] Le mois le plus chaud en régions méditerranéennes est là et les tomates mûrissent gracieusement. Qu’il y a-t-il de mieux en cette saison qu’une pizza faite avec des ingrédients bio et frais, venant directement du jardin. De la tomate heirloom fraîche, de la courgette et du basilic. Les tomates heirloom sont beaucoup plus savoureuses que les tomates hummm… hybrides. Et les tomates bio sont 79-97% plus riches en flavonoïdes antioxydants. Pour en savoir plus, allez jeter un coup d’œil sur l’article que j’ai publié récemment sur la tomate en Algérie. […]

  2. Bonjour, merci bq pr ces informations très importantes, merci de me laisser découvrir votre compte sur insta, vs êtes magnifique par ce que vs faites.
    Je suis amoureuse de tout ce qui est vert mais j’ai jamais pensé à faire cultiver mes légumes et fruits, là vs m’inspirez , j’aimerai bien savoir d’où je peux acheter les grains de cette tomate « l’ancienne variete » et comment je peux realiser mes pots d’une façon correcte (j’ai aucune idée sur le jardinage ; pots.terre….) si vs pouvez ns ecrire un article sur ça 😃

    1. Merci pour ton passage et ton feed-back, Wafa. Cela m’a fait plaisir de te lire. Je partage des astuces de jardinage de temps en temps sur Instagram, tu les trouveras sous story highlights. La saison de semis des tomates est terminée elle s’étale de février à avril pour le Nord de l’Algérie, mais je te promet un article détaillé sur comment réussir ses tomates en pot comme en terre. Pour les graines heirloom, c’est vraiment compliqué de s’en procurer en Algérie, mais je vous en parlerai. Cependant je t’encourage à commencer ne serait ce qu’avec des graines F1 disponibles aux magasins de jardinages et aux grandes surfaces comme UNO. Tant que tu les plantes pendant leur saison et sans pesticides chimique tu sera sur la bonne voie.

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